Territoires lointains

Agathe nous a quitté mais la grisaille, elle, nous colle à la peau. Qu’à cela ne tienne, nous poursuivons notre route vers le point le plus au nord de notre voyage soit Fairbanks (32 000 h). Puis nous empruntons une nouvelle section de la fameuse Alaska Highway vers Tok plus au sud. Après être descendu on n’hésite pas à remonter dans le but de découvrir la mythique Dawson en roulant sur la route Top of the World. On est super content car tout ça vaut le coup mais le temps maussade qui nous suit influence notre décision de filer pour de bon vers le sud. C’est l’exploration de ces territoires nordiques que je vous présente à l’aide de photos et de quelques mots. C’est à la fois une belle aventure et une longue route. Vous embarquez? 

Le Centre d’information de Fairbanks nous accueille avec une impressionnante arche de panaches composée de plus de 100 bois de caribous et d’orignaux.

On quitte la Alaska Hwy à Tok pour la Taylor Hwy qui mène à la route Top of the World. Celle-ci débute en Alaska et se termine au fleuve Yukon à Dawson . Elle s’étire sur les sommets des montagnes et offre de superbes vues. Nous l’avons débutée sous la pluie et terminée sous quelques rayons de soleil filtrant des nuages. Des paysages beaux à couper le souffle et une route en assez bonne condition même si sa surface est de terre battue par endroits.

L’escargot avant et après la Top of the World.

Au beau milieu de la route Top of the World Highway, le petit village de Chiken.

Le fleuve Yukon vue de Dawson

Il faut plus que quelques photos et mots pour raconter Dawson

Difficile de ne pas tomber sous les charmes de Dawson rendue célèbre par la fameuse ruée vers l’or (1896-99). Son histoire flamboyante mais brève, la garde bien vivante et vibrante. Lieu historique national, plusieurs bâtiments ont été restaurés le plus fidèlement possible. On constate que pour l’époque c’était de bon goût et luxueux. Pourtant, tout ça a commencé avec des tentes plantées dans la boue et des conditions de vie difficiles. La frénésie était si grande que seulement deux ans plus tard Dawson était devenue la plus grande ville canadienne à l’ouest de Winnipeg. On croyait que cette mine d’or serait inépuisable et pendant 10 ans les gens ont vécu cette belle folie qui s’éfrittait pourtant peu à peu. Aujourd’hui encore, nous sommes fascinés par cette tranche de notre histoire.

Martine, la guide de parc Canada, une québécoise installée à Dawson depuis 28 ans, nous a raconté avec passion l’histoire de la ruée vers l’or et de ses prospecteurs. Elle n’est pas la seule québécoise ayant élu domicile à Dawson. Je crois que plusieurs y trouvent un style de vie plus relaxe qui répond bien à leurs besoins. Il semble que le sens de la communauté y soit fort, sans doute nécessaire pour passer à travers les longs mois d’hiver et ses quelques heures de luminosité. Paraît que le soleil est si bas de décembre à février qu’il reste caché à l’arrière de la montagne. Je vous le dis ça prend des gens spéciaux pour vivre dans ce coin perdu.

Dawson séduit par son cachet d’antan, les habitudes et les légendes qu’elle garde bien vivantes. Le touriste y abonde tout l’été et prend plaisir à assister aux spectacles de French Cancan des filles du Diamand Tooth Gerties. J’ai maintenant ma carte d’entrée à vie bien rangée dans mon porte-monnaie, au cas ou le goût me prendrais d’y retourner. Il semble que Gerties, la propriétaire, avait une dent diamanté. Tout s’explique.

Il y a aussi cette histoire du Sourtoe Cocktail. Vous connaissez? Et bien, il s’agit de boire un petit cocktail un orteil patauge au fond du verre. Ça vous paraît bizarre? L’idée me séduisait quand j’ai lu à ce propos mais rendue dans le bar non rénové depuis l’époque du Klondike, j’ai déchanté. D’abord le capitaine qui orchestre ce rite de passage au Sourdough Saloon se prend trop au sérieux. Il répète ses consignes, doigt en l’air avec un sérieux pas très sérieux : tes lèvres doivent toucher à l’orteil, tu ne dois pas mordre l’orteil encore moins l’avaler sinon tu devras débourser 2500$. Chaque personne relevant le défi se voit remettre un certificat attestant qu’il est membre du Sourtoe Cocktail Club, prouvant son courage ou sa folie. C’est selon. Bizarre n’est-ce pas.

Il semble que l’idée de cette expérience gustative vienne d’un brillant personnage qui aurait trouvé un orteil nageant dans l’alcool dans une cabane abandonnée. L’histoire va ainsi : deux frères vivaient dans cette cabane. L’un d’eux se serait gelé l’orteil. N’ayant d’autre choix, son frangin aurait coupé l’orteil gelé et l’aurait déposé dans un bocal d’alcool pour la conserver. Ce n’est que des années plus tard, une fois la cabane abandonnée, que l’orteil a été retrouvé et que cette découverte s’est transformée en une tradition pour plusieurs et en une source de revenus pour d’autres.

Dawson et ses rues non pavées, ses trottoirs de bois et ses maisons de couleurs pimpantes.

La maison du commissaire.

Au départ de Dawson nous roulons sur la route Klondike jusqu’à Whitehorse où nous reprenons la route Alaska qui s’étire jusqu’à Dawson Creek en Colombie-Britannique.

Comme on a tendance à tout faire à l’envers on en sortait plutôt que d’y enter.

Une autre coutume bizarre, à Watson Lake cette fois, est la forêt de poteaux, ou plutôt la forêt de panneaux indicateurs. Paraît que tout ça a commencé parce qu’un soldat américain, travaillant à la construction de la Alaska Highway, avait les blues. Il s’ennuyait de sa douce et de son pays. Il a eu l’Idée de planter un panneau indiquant la direction de sa douce et de son foyer. D’autres, ressentant l’appel de la maison, on fait la même chose. C’est ainsi qu’une tradition est née.

De beaux sites de camping dispersé. Puis, on mange pas pire aussi grâce au Chef en résidence

Nous croisons de nombreux bisons après Watson Lake (sur la Alaska Hwy en C-B)

Les sources thermales du parc provincial de la rivière Liard en Colombie-Britannique. L’endroit est charmant et aménagé dans le respect de la nature.

Et parfois, quand la route est longue, j’écris le blogue de mon bureau mobile.

Ces terres lointaines sont déjà derrière nous, leurs paysages et le sentiment de grande liberté bien enfouis en nous. Plus que les Rocheuses canadiennes à explorer et à raconter avant le retour au bercail.

Majestueux mont Denali

Le parc national Denali c’est un bijou sauvage de l’Alaska. C’est un territoire immense de 6 millions d’acres protégé tant que possible de l’empreinte humaine. Denali nous invite à le découvrir de ses centres d’information et en partant en exploration d’une journée ou plus dans l’arrière pays. Pour ce faire on embarque dans un des autobus qui sillonnent l’unique route de plus de 100 km qui traversent le parc, les voitures personnelles étant interdites une trentaine de kilomètres après l’entrée du parc. 

En route vers le camping de la rivière Teklanika. Le véhicule reste là et on se déplace ensuite en bus.

C’est par ce moyen que nous découvrons les principaux points d’intérêts qui longent la route. L’expérience est décevante puisque l’humeur du chauffeur s’accorde au temps froid, pluvieux et venteux du jour. De plus, il nous crache ses directives avec des never, never, never en omettant de parler un temps soit peu du parc. C’est donc dire que nous trouvons les 80 km menant au lac Wonder un peu fade malgré la beauté des paysages brumeux et quelques arrêts pour observer un grizzli grignotant dans la colline et des caribous. En plus, nous sommes déçus de ne pas voir le mont Denali tant le brouillard est présent. (mont McKinley avant d’être renommé Denali qui signifie la Grande)

Heureusement,le lendemain c’est tout le contraire. Le soleil brille, la passion des chauffeurs de bus pour le parc est évidente, partageant leurs connaissances et bonne humeur avec nous. La route traverse des tapis de verdure colorées de touches de jaune et rouge automnales bien que nous ne soyons qu’en août. Puis, elle sillonne entre les falaises qui se dressent d’un côté et les précipices de l’autre. Le regard se pose sur les vallées, les montagnes et le nid des rivières asséchés. Puis, soudain au loin on aperçoit le sommet majestueux du mont Denali, plus haut sommet d’Amérique du Nord (6 194m) qui se dresse fièrement entre deux montagnes. Nous sommes chanceux car il est visible en moyenne qu’une fois tous les 3 jours .

Nous débarquons du bus dans la vallée de Polychrome et partons en rando d’un jour dans l’arrière-pays. Tu ouvres le chemin ou, plus facile, tu suis celui ouvert par les animaux. Nous apercevons un caribou et son petit gambader pas très loin. Nous profitons des rayons de soleil et prolongeons la pause du dîner pour se chauffer.

Sur le chemin de retour, j’entre dans un état de bien-être profond et de reconnaissance. C’est d’une beauté émouvante. Je suis dans un environnement à l’état pur peu modifié par l’homme. Je ne peux m’empercher d’espérer des mesures environnementales plus mordantes pour le reste de la planète.

Moment de créativité et moment de folie.

Deux des nombreux chiens de traîneau du chenil de Denali. Les chiens sont utilisés pour transporter du matériel dans les coins reculés du parc. 

En sortant du parc Denali à l’aube nous avons droit à un dernier cadeau.

Agathe nous quitte après 13 jours ensemble. Elle repart vers le sud et nous poursuivons vers le nord.

Frousse sur la Denali Highway

Nos lectures préparatoires nous avaient convaincus de rouler sur la Denali Hwy, route de gravelle de 216 km mettant en scène des paysages sauvages, des montagnes aux sommets enneigés, des rivières et des vallées de toundra où les caribous gambadent.

Malgré la pluie et le brouillard, nous sommes séduits par toute cette beauté étalée sous nos yeux et mettons deux jours à la parcourir tant nous arrêtons souvent. Ici, il est possible de randonner où bon nous semble, d’établir son campement là où le paysage nous interpelle et de jaser avec les chasseurs de caribous et le personnel des lodges.

La plupart des chasseurs s’installent pour une ou deux semaines dans l’espoir de tuer leur bête. Ils n’hésitent pas à monter l’abri Tempo qui abrite leur tente, question de rester au sec. Parce que oui, il pleut plus souvent qu’autrement et que le mercure oscille autour du point de congélation. Plusieurs ont leur pick-up chargé d’une boîte campeur, la génératrice et le véhicule tout-terrain. Et, à tout vous dire, quand on habite The Last Frontier c’est pas bête de s’équiper pour profiter à plein des activités de plein air.

Sachez qu’ils n’amadouent pas le caribou avec des pommes. Non, non, non. Il s’agit de s’armer de patience et de tenter d’en repérer du bord de la route ou d’endroits stratégiques pour ensuite s’enfoncer dans la toundra dans l’espoir de retrouver leurs traces. C’est une question de patience et de chance.

Nous arrêtons au Alpine Creek Lodge car une pancarte nous invite à y prendre un café. Mais c’est surtout l’envie de discutailler avec les gens de la place qui nous interpelle. L’accueil est vraiment sympathique. Nous parlons avec Sharon et Ross, un couple du Maryland, qui travaillent chaque été dans le lodge en échange de la pension. C’est de la passion ça! Nous parlons aussi avec Bob, un jeune trappeur qui vend des peaux d’hermine, lynx, écureuil, etc., ce qui lui permet de subvenir à ses besoins.

Il faut que je vous raconte la mésaventure d’Agathe. Elle s’est fait réveiller par un ours. Ouais! Rien de moins. Comme on n’a pas d’abri tempo pour y installer sa tente, on l’a installée dans notre abri-cuisinette car il pleuvait pas mal. Une garantie de chaleur relative. Voilà donc qu’au beau milieu de la nuit, elle est sortie de ses rêves en recevant un coup sur la tête. Elle respire un bon coup tente de rester calme lorsqu’elle est frappée à la hanche. Convaincue qu’un ours l’attaque, elle allume sa lampe de poche et arme sa bonbonne de poivre préparant sa défense. Mais voilà qu’elle voit avec grand soulagement les arceaux de la tente cuisinette ployer sous l’effet du vent et les pochettes de la tente, remplies de ses effets personnels, valser dans tous les sens. Soulagée mais fébrile, elle réussie tout de même à se rendormir. Ce que l’on a ri le lendemain matin lorsqu’elle nous a raconté sa frousse.

En passant, on n’a pas vu l’ombre d’un ours ou d’un caribou sur cette route. C’est la seule promesse non tenue de la Denali Highway qui offre un voyage hors du temps au coeur d’une nature saisisante de beauté.

Les Indiana Jones de la McCarty Road

Le chemin de gravier est si sinueux et cahoteux que Michel, transformé en Indiana Jones de la conduite périlleuse, serre les dents et le volant tentant d’éviter tant bien que mal les innombrables trous d’eau de la surface de type planche à laver de la McCarty Road. Ce chemin qui s’étire sur 90 km est réservé aux aventuriers qui n’hésitent pas à explorer des contrées lointaines en quête de découvertes. J’en parcoure les premiers km assise sur la glacière afin de profiter de la vue mais, comme je suis projetée d’un coté et de l’autre, je retourne bien vite au plus grand confort que m’offre le siège arrière, celui de l’avant étant occupé par Indiana Agathe.

Tout ça pour découvrir la petite ville de McCarthy et l’ancienne mine de cuivre Kennicott localisées dans l’arrière pays au cœur du parc national/réserve Wrangell-St. Elias, plus grand parc des États-Unis. En roulant sur la Glenn Highway nous avons d’ailleurs eu un tout petit aperçu de son étendue avec des vues superbes sur la chaîne des Wrangell. Sillonner les autoroutes de l’Alaska donne non seulement une idée de l’étendu du pays, de sa faune et de sa flore mais aussi l’occasion de se familiariser aux habitudes de ses habitants en nous exposant à la pêche, la chasse ou à la cueillette des petits fruits. On adopte l’activité qui nous semble la plus à notre portée en cueillant des bleuets le long de la route. Miam!

En 3h30, ça donne une idée de la condition du chemin, Indiana l’as du volant, nous conduit à l’objet de notre quête. Nous sommes lessivés et sitôt l’installation du campement complétée, un petit verre savouré sous les gouttes dansantes de la pluie, nous sombrons dans un sommeil récupérateur.

Le lendemain, tout sourire sous un ciel bleu, on se rend au pied du pont qui traverse la rivière Kennicott pour prendre la navette qui amène les visiteurs au village de McCarthy et à Kenniicott. Sans surprise cette ride de 5 km nous brasse encore le popotin.

Nous décidons de marcher le sentier de quelques km qui mène au glacier Root. Arrivés au pied du glacier on chausse les crampons et on amorce une douce montrée. Nous sommes euphoriques de fouler cette mer de glace crevassée, ruisselante d’eau glacière, noircie et bleutée par endroits. Puis, nous déjeunons sur la glace même si on se les gèle assez vite.

Au retour, nous visitons les installations de cet ancien village minier où gisait le plus grand filon de cuivre au monde. Plusieurs édifices ont été rénovés et les panneaux explicatifs ainsi que le film présenté permettent de comprendre le processus d’extraction et de transformation du cuivre ainsi que l’organisation du travail et de la vie du village.

Emprunter la route McCarty, visiter son village fantomatique et la mine Kennicott est un voyage dans le temps qui demande un brin de volonté généreusement récompensée par l’unicité du parcours, la marche et le déjeuner sur le glacier Root ainsi que la rencontre avec l’histoire des gens qui ont rendu possible l’extraction du cuivre et fait la fortune de la compagnie minière Kennecott Mines Co.

Indiana reprend le volant. Nous sommes tous les trois prêts à affronter les cahots de la Mc Carty tant nous sommes satisfaits de notre récolte d’émotions. Mais surprise, la voirie travaille le chemin, qui nous l’apprenons à ce moment, avait été endommagé lors d’une pluie torrentielle quelques temps avant notre arrivée. La route est moins cahoteuse mais toujours un challenge qui nécessite cette fois qu’un tout petit 2h30. Malgré le défi de la McCarty Road, ne vous privez surtout pas de visiter cette infime parcelle de l’immense parc Wrangell-St.Ellias.

Libertad a besoin d’un bon lavage.

Nouvelle équipière

Libertad accueille à son bord un nouveau membre. Ma sœur Agathe se joint à nous pour 13 journées de découvertes, d’émotions et de fous rires. Cette partie du voyage, nous l’avons planifiée et rêvée l’hiver dernier.

DSC06643Souper le long du Turnagain Arm que longe la Seward Hwy.

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Un arrêt au Creek Creek dans le parc d’état Chugach nous permet de regarder les pêcheurs de saumon Coho à l’œuvre.

La formation Libertad 101 d’Agathe prend peu de temps. L’adaptation se fait en criant apéro. Dès la deuxième nuit, nous l’exposons au camping dispersé en bord de rivière et de montagnes tout près du glacier Exit. L’expérience la séduit puisque cette façon de faire permet de s’installer dans des endroits majestueux. Mais voilà que nous réalisons que les locaux s’y rencontrent pour y faire la fête. Sitôt installés, un pick-up chargé de palettes passe devant nous et roule au loin sur le lit rocailleux de la rivière asséchée. Peu de temps après, leur feu de joie digne de la Saint-Jean brille au loin. On réalise le lendemain que pour les boys de la région, la St-Jean c’est tous les soirs. Et pourquoi pas!

Camping dispersé dans le lit de la rivière. On n’a pas de palette pour notre feu mais qu’à cela ne tienne notre Pâtissier du feu, autre surnom de Michel, est à l’œuvre pour sa sculpture montée flamboyante du soir.

Au petit matin, Galarneau nous gratifie de sa présence pour notre randonnée sur la piste du champ de glace Harding avec ses 1 813 km2 de glace et ses 30 glaciers.. Et quelle ascension. Le mouflon de Dall, sobriquet qu’Agathe donne à Michel, grimpe loin devant nous. Mon allure rythme la cadence. Agathe marche dans mes pas repoussant ses limites à chaque montée, traversée de ruisseaux, rochers enjambés. Le sentier nous offre des points de vue époustouflants sur les montagnes et le champ de glace qui changent sans cesse sous l’effet du soleil et des nuages. La fatigue se fait sentir et Agathe demande une pause.. Faut dire que 21,25 km aller-retour et un dénivelé de plus de 1 000 m c’est pas rien.

Mouflon de Dall et moi continuons la grimpe jusqu’à ce que nous surplombions le mur de glace qui s’étend à perte de vue. Là, notre cœur palpite comme si nous étions dans Le Monstre à La Ronde. Et, comme l’a réalisé si durement le héro du film Into the Wild, Christopher McCandless, “Happiness is only real, when shared.”, traduction libre le vrai bonheur est plus intense lorsqu’il est partagé….  Nous retournons donc chercher Agathe qui puise alors dans ses forces pour se rendre là le bonheur se partage généreusement.

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Le lendemain Agathe a une drôle de démarche. Elle marche comme un pingouin. Mais cela ne l’arrête pas et nous voilà embarqués à bord du Point Retreat avec John et Mary-Kate nos guides de Sunny Cove pour une journée dans les eaux froides du parc national de Kenai Fjords. Nos guides sont généreux et partagent leurs connaissances de la région. Deux heures plus tard et plus loin, nos kayaks glissent entre les petits icebergs qui se détachent du glacier Holgate. En une seule semaine les guides observent le glacier changer tant il se rétracte. Est-ce un effet du réchauffement de la planète ou simplement une « fake news »?

Malgré cette réalité, notre kayak et nous effleurons le bonheur du moment. Pas question de s’en priver quand il est si facile à saisir dans un environnement d’une telle splendeur.

 

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Au retour nous observons quelques spécimens de la faune marine.

 

 

Km 9 676 bis – partie II

Si vous avez lu la dernière chronique, vous vous souvenez que nous avions installé un camp de base à Anchorage afin de se reposer, d’astiquer Libertad à mi-parcours et de mettre le blogue à jour. Voici donc la 2e partie de la route qui nous a mené à Anchorage.

La rivière Chilkoot

Le journal local de Haines assurait qu’on pouvait apercevoir en soirée des ours sur le bord de la rivière Chilkoot. Encore une attrape touristes qu’on a pensé. Ben, on avait tout faux pour notre plus grand bonheur. Après s’être installés au camping, nous avons enfourché nos vélos pour aller se balader le long de cette très belle rivière. On a d’abord observé les aigles, les nombreux pêcheurs les pieds plantés bien solides dans la rivière et les traces laissés par les ours soit de nombreux cacas agrémentés de petites baies rouges.

Sur le chemin du retour on en était à croire que nous n’aurions pas la chance de voir un ours quand j’en ai vu un suivi de ses trois petits se diriger en plein sur nous.

Moment de panique.

Bravement, j’ai abandonné mon vélo et me suis réfugiée derrière ce qui m’apparaissait comme une protection soit un véhicule. Non! L’ours ne m’a pas pourchassé me faisant courir en rond autour de la voiture. En nous apercevant, il a tout bonnement pris la poudre d’escampette dans le bois suivi de ses oursons. J’ai bien ri quand maman ourse a pointé sa tête entre les branches pour vérifier qu’on ne la suivait pas.

Rassure toi ourse, NON.

Elle est ressortie un peu plus loin sur la route et a traversé la rivière s’assurant constamment que sa marmaille suivait. Après la surprise et la trousse ce fut vraiment un grand plaisir de les avoir observés de si près et aussi longtemps.

Preuve à l’appui même si la photo n’est pas très bonne
Le long de la rivière Chilkoot

Le parc national Kluane

À la Bakery de Haines Junction (pop. 824) ça parlait pas mal français. D’abord la serveuse d’origine française dont le visa de travail expirait à l’automne, puis deux hommes et leur fille respective en visite à Whitehorse. Ça change pas, la langue maternelle réunit les gens, surtout lorsqu’on est loin de chez nous. D’ailleurs, lors d’un arrêt à une halte routière nous étions quatre couples de québécois à placoter, dont deux propriétaires d’un Safari Condo. Il devait y avoir au plus six véhicules dans le stationnement. C’est tout dire.

Mais je m’égare ici. Je voulais vous parler de l’immensité du territoire du parc Kluane, de son isolement, de la rudesse de son climat et de sa beauté indomptée. J’ai presqu’oublié de mentionner que le vent y souffle fort. Je voulais aussi vous dire qu’on ressent un sentiment de liberté dans la région. Disons qu’il y a moins de règlements que chez nous, mais aussi, beaucoup, beaucoup moins d’habitants. Tout le long de la Alaska hwy qui longe le parc, il est possible de se trouver de beaux endroits pour dormir en toute quiétude et autant les Yukonnais que les voyageurs en profitent.

C’est vrai que c’est plus grand que nature.
Le long de l’Alaska hwy construite après Pearl Harbor dans le but de relier l’Alaska par voie terrestre aux É-U. Construite en 10 mois c’est un vrai exploit compte-tenu des défis du terrain et du gel.
Camping dispersé tout près du parc Kluane
Un arrêt le long de la Alaska Hwy
Oui, nous avons complété les 24 km de la piste du plateau Bullion
Rando Plateau Bullion dans le parc Kluane

Dans le Milepost (la bible des territoires du nord), il y a une note mentionnant qu’il est possible que des ours traversent la route tout prés du Creek Sheep. Michel ralentit puis v’la tu pas un ours qui se pointe le museau et traverse la route. Je vous le jure. Ce n’est pas une histoire d’ours transformée en histoire de poisson.

Nellie

Nellie, 82 ans, est propriétaire du Bassin Liquor Store and office Supply ouvert 24h/7jr semaine à la sortie de Glenhallen. Tout un spécimen. Pourtant, on l’a presque ratée car on est d’abord passé tout droit devant cette petite maison en mauvais état au jardin impeccable, chose inusitée dans la Copper Valley. Intrigués et attirés par la possibilité de découvrir un alcool local, nous avons fait demi-tour.

On a d’abord été accueillis par deux molosses avant de voir la fragile propriétaire se pointer sourire aux lèvres. Vous dire le bardas qui régnait dans l’arrière boutique. Indescriptible. Mais voilà que ce petit bout de femme a du caractère et de la jasette. Elle ne fait pas que se raconter, elle s’intéresse aussi aux autres et avoue avoir un faible pour l’accent français des hommes. Et la voilà qu’elle fait des yeux doux à Michel.

Je lui demande si elle n’a pas peur d’ouvrir aux clients qui sonnent la nuit. Mais non dit-elle, j’ai enseigné à tous les gamins du coin, alors pas de soucis. On s’est contenté d’acheter 12 bières Alaskan pour le coût de 22$ et découvert qu’elle se détaille 14$ à Anchorage. Ça se paie l’expérience authentique. Mais pas de regret juste un bon moment inattendu et authentique.

Notre route à travers une infime partie du Yukon et de l’Alaska nous mène au cœur de contrées isolées et époustouflantes. Mais que serait la beauté de ce territoire sans le plaisir d’échanger avec les habitants? Même si peu. Nos échanges sont chaleureux et curieusement, les gens sont aussi intéressés à nous que nous le sommes par eux.

Km 9 676

Partie I

L’île de Vancouver à Juneau – jour 29 à 48, du 16 juillet au 4 août 2018

Libertad enfile les km sur la Glenn Highway pendant que nous admirons les paysages de montagnes, de glaciers et de rivières qui lui valent d’être une National Scenic Byway. Nous avons hâte d’arriver à Anchorage pour prendre une pause de quelques jours après 9 676 km de route. Nous avons beau y aller lentement les distances sont grandes et la fatigue nous gagne. De plus, le tronçon de la Alaska Hwy entre Burswash Landing et Tok manque de charme et son bitume ressemble à une planche à laver, résultant du gel et dégel. En plus du repos, nous ferons une beauté à Libertad, garnirons le garde-manger et bien plus encore.

Je profite aussi de cet arrêt pour écrire une première chronique relatant certains faits de ce long parcours.

Le parc national Pacific Rim. le ridicule ne tue pas.

Détrompez-vous, ce n’est pas moi qui me suis ridiculisée, pas plus que Michel. Nous marchions sur la plage Long Beach prenant plaisir à observer les surfers bravant le vent matinal et à découvrir la vie marine des cuvettes de marées, lorsque notre attention fut attirée par un sauvetage hors norme. On tirait à l’aide d’un tracteur, un véhicule hors de l’océan. Ouais! Un spécimen avait décidé de s’aventurer sur la plage avec son bolide. Il est arrivé ce que vous pouvez imaginer. Le véhicule s’est embourbé, la marrée est montée et la Jeep a passé la nuit dans les eaux froides du Pacifique.

Nous sommes dans un parc national et il est interdit de circuler sur la plage en véhicule. Mais Stephan, le génie propriétaire, ne semble pas s’être attardé à un tel détail puisqu’il en remettait le lendemain matin en y retournant, cette fois, avec sa Mercedes. T’apprends pas de tes erreurs bonhomme? Un deuxième remorquage. Le pire c’est que monsieur posait fièrement sans une once de gène. Pas fort! Il était tellement surexcité que je crois qu’il devait être sous l’effet de speed ou quelque chose du genre. En 5 ans, le gardien du parc n’avait jamais rien vu de tel.

À la sortie du parc nous avons fait un arrêt dans un endroit fantastique avec bassins, cascades et canyon le long de la rivière Kennedy. Un coup de cœur. Nous y avons fait du camping dispersé.

Squatter les rues de Vancouver

Le prix des loyers est si élevé à Vancouver que plusieurs se résignent à dormir dans leur VR stationné dans les rues de la ville. On a donc fait pareil. Le contraste entre la richesse et la pauvreté est effectivement flagrant. Notre balade en vélo dans les divers quartiers de la ville nous en a mis plein la vue avec des propriétés luxueuses et attristé en constatant le grand nombre d’itinérants. Mais j’avoue, c’est une très belle ville qui se découvre agréablement en en vélo. Et que dire de ses kilomètres de plage.

Cet arrêt à Vancouver m’a aussi permis de renouer avec plaisir avec ma cousine Johanne. Le vélo, la plage, les repas partagés nous ont permis de reprendre contact et de mettre nos vies à jour.

Sur la route de Vancouver à Prince Rupert.

Le passage Intérieur.

Embarquement sur le traversier à Prince-Rupert, arrêt de 3 jours à Juneau puis Haines.

J’avais un rêve. Celui de prendre le traversier pour faire le passage intérieur et voir glaciers et faune marine. Mes attentes, confrontées à la réalité, ont été déçues. Ne vous méprenez pas, malgré ma déception, les paysages sont époustouflants et le voyage donne une perspective impossible autrement puisque certaines villes ne sont accessibles qu’en traversier, dont la capitale Juneau.

La traversée est une aventure en soi. C’est surtout un moyen pour les alaskiens de se déplacer. Il y a donc des accommodements pour diminuer les frais et il est possible de réchauffer ses lunchs à la cafétéria et d’installer sa tente sur le pont pour y dormir – prière de scotcher la tente au pont abondamment car, coups de vent il y a – mais nous avons opté pour la cabine. Quand je suis montée sur le pont au petit matin pour admirer la vue et observer les manœuvres du premier arrêt à Ketchikan, j’ai pouffé de rire en voyant l’épais brouillard. Une autre attente prenait le bord! Peu après, il s’est levé et le soleil a brillé de mille feux tout au long de la journée ajoutant une touche particulièrement agréable à la traversée.

Juneau et le Glacier Mendenhall

Je trouvais mon plan bien conçu. Aller au centre d’information, se balader en ville puis aller randonner au glacier Mendenhall le lendemain. Mais v’la t’y pas qu’on apprend que c’est la dernière journée de beau temps de cette fenêtre exceptionnellement ensoleillée qui sévit sur la côte depuis 13 jours. On décide alors de changer les plans et d’aller randonner le jour même afin de bénéficier d’une vue dégagée. Il est déjà midi quand on amorce la piste West Glacier qui exige de 6 à 8 heures de marche. Pas grave il fait clair jusqu’à 22h00.

Comme la piste n’est pas balisée, nous prenons le mauvais embranchement vers le mont McGinnis plutôt que vers le glacier. Mais ça on ne le sait pas encore. Je l’apprendrai le lendemain en vérifiant le tout auprès d’un ranger. Le sentier devient de plus en plus abrupte et on fait ce qui ressemble un peu à de l’escalade. Tout au long de la grimpe nous avons de magnifiques points de vue sur le glacier et on s’amuse à regarder le va et vient des hélicoptères qui y déposent des gens. Ils sont minuscules. En redescendant, je glisse et me blesse un genou. Zut alors! Et re-zut, car ça m’embête encore. Aussi, on perd la piste que l’on cherche plus longtemps qu’on le souhaite. Il est 20h30 quand on arrive à Libertad. Contents, affamés et fatigués.

Les deux journées suivantes, nous passons plusieurs heures sur la plate-forme d’observation du centre d’information du glacier Mendenhall à surveiller les ours qui viennent se nourrir de saumons sockey à même le garde-manger de la rivière. Et, croyez-moi, en attraper un demande de l’agilité, de la détermination – j’imagine ici que la faim et un bon agent motivateur – et beaucoup de travail quand on a trois petits à nourrir. Ces derniers sont comiques d’ailleurs. Ils jouent dans les arbres pendant que maman ours pêche et descendent bouffer dès qu’elle attrape un saumon.

 

J’arrête ici cette première partie même si j’en ai encore beaucoup à raconter. Sachez que Libertad a fait peau neuve, que nous nous sommes reposés sous l’effet miraculeux de la pluie (Ha! ha!) et que nous sommes fin prêts à accueillir Agathe, ma sœur, qui arrive aujourd’hui pour une virée Alaskienne avec nous.